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L'hiver se poursuit. Entre deux chutes de neige, les journées ensoleillées
(et celles qui le sont moins) nous invitent aux activités de plein air.
Cordova bénéficie d'un climat relativement doux comparé aux températures
et aux quantités de neige que l'on peut trouver à Valdez. Nous n'avons
pelleté la neige qu'une seule fois pour dégager le pont , je crois bien
que ce fût à l'occasion de la première chute de neige. Puis nous avons
constaté que régulièrement après la chute de neige le temps se radoucit et
que la pluie fine fait fondre la neige, alors pourquoi se précipiter sur
la pelle ?
Chaque année, le mois de février apporte le "Iceworm Festival" très réputé
selon les habitants : littéralement la "fête du ver de glace", . Aussi,
sous la coupe de Dolorès, les équipages des bateaux étrangers présents
pendant l'hiver à Cordova participent au défilé afin de représenter le
Yacht Club local auprès duquel nous avons adhéré avec plaisir (nous serons
surpris ensuite de savoir que le Yacht club compte près de 50 membres, et
de comparer avec le peu de représentants au défilé...) Le thème général du
festival de cette année est : communauté, unité et diversité. Avec un
voilier finlandais et un autre français dans le port, cela tombe bien.
Bruce prête son véhicule "Argo" pour tracter une remorque sur laquelle
nous installons notre annexe rigide décorée de multiples pavillons
nationaux.

Nous avons donc appris à l'occasion qu'il existe un petit ver vivant dans
les glaciers : le Mesenchytraeus solifugus. Ce ver fait partie de la
famille des annélides (qui comprend aussi les vers de terre et les
sangsues). Il a une taille vraiment modeste : entre 2 et 3 cm de long et
un demi millimètre de diamètre, de couleur brun foncé ou noir. Il vit dans
la glace du glacier, soit en surface soit en profondeur en se déplaçant de
nuit seulement (solifugus veut dire en gros "évite le soleil")en suivant
les invisibles espaces libres entre les cristaux de glace. En été, la
température de la surface du glacier et de la glace fondante reste aux
environs de 0°C ; l'hiver, la neige accumulée sur la surface du glacier
fait office d'isolant et de ce fait, maintient une température aux environ
de 0°C. Si le ver rencontre une température inférieure à 0°C, il gèle et
meure. Si la température est supérieure à 4°C, il meure aussi et se
dissout. Le ver se nourrit d'algues, pollens et des détritus que le vent
apporte à la surface du glacier. Pour se déplacer, il frétille de toutes
ses soies (aussi appelées setae) et peut parcourir jusqu'à 3 m à l'heure
(mesuré par le biologiste Dan Shain). Nous avons vu l'un de ces
petits vers qui était gelé, ce n'est donc pas une légende.
L'une
des activités du festival est la course en combinaison de survie, je
rappelle que nous sommes en Février... Comme toujours pendant le festival,
il ne fait pas beau il tombe une pluie fine et froide, mais cela n'empêche
aucunement toute la population de Cordova de venir soutenir les équipes.
Plusieurs équipes sont en liste et concourent à tour de rôle. Le départ
est donné, les participants doivent enfiler leurs combinaisons et aider les
équipiers plus maladroits, puis tous tombent dans l'eau et à grands
renforts de battements de bras et de jambes atteignent un radeau de survie
déployé à 50 m de là prêt à les accueillir. Quand on connaît la
température de l'eau (4 à 5°C) on imagine bien que tout ce petit monde ne
traîne pas. De plus, cela donne une très bonne idée de ce qu'il faut faire
dans le cas d'une utilisation réelle de la combinaison.

Nous faisons beaucoup de promenades
avec Auli et Hannu du voilier finlandais. Hannu est fanatique de
snow-board et patiemment il nous en enseignera les rudiments
d'utilisation. Nous choisissons une pente douce et nous ferons des
démonstrations de chute très réussies, dans la poudreuse . On ne fait
pas que tomber tout de même...

Avec Bruce, Auli et
Hannu nous faisons une balade à bord de l'Argo, engin à chenille qui peut
aussi circuler dans l'eau et dans la vase.


Jean-François
préfère le vélo à roues à clous plutôt que le patin à glace. Il ira avec
Karl et Nancy sur le lac gelé devant le Glacier Sheridan.
Tous les deux mois, il
faut faire le plein des réservoirs de gasoil. Cela
implique de bouger un jour de beau temps sans neige sur le pont. En effet,
les cordages enfouis sous la neige deviennent raides et impossibles à
dénouer. Chanceux que nous sommes il y a toujours un bon moment ensoleillé
sans vent à quelques jours de tomber en panne sèche. Le ponton des pompes
à gasoil est à un demi mile du port dans Orca Inlet. On profite
généralement du déplacement du bateau pour faire le plein des réservoirs
d'eau au robinet qui coule en permanence dans le port. La manoeuvre nous
prend généralement 3 heures. La consommation d'eau douce est plus élevée
que celle du gasoil aussi il faut de temps en temps faire l'appoint avec
des jerricans et le chariot du port.

Route menant à
l'ancienne conserverie de Orca sur Orca Inlet au nord de Cordova, en mars.
Le mois de Mars et Avril annonce l'arrivée des harengs et des
"hooligans". L'un comme l'autre sont des poissons gras. Dans l'un des bras
de la Copper River, après un essai infructueux avec la canne à pêche,
Jean-François trouvera bien plus efficace d'attraper les hooligans à la
main. Bien sûr l'eau est très froide, mais les poissons sont si facile à
prendre qu'en quelques minutes il remplit un sac plastique de supermarché.
Les pêcheurs sur la berge en face remballeront leurs cannes à pêche,
troublés par la réussite de ce français aux façons surprenantes...

Le printemps arrive à grand pas.
Puis
le mois de mai arrive et on remarque dans la nature environnante un
changement de jour en jour. La neige fond à vue d'oeil sur les montagnes
environnantes. Le feuillage des arbres verdit, et les fleurs apparaissent
dans tous les jardins. La route menant au pont Million Dollars à 46 miles
à l'est était fermée au public tout l'hiver à partir du miles 27. Elle
rouvre, mais là-bas c'est encore l'hiver. Il y fait gris, les arbres sont
nus de feuilles. Le sentier permettant d'admirer le glacier Child est
recouvert d'1,50 m de neige bien tassée, nous pouvons marcher dessus sans
raquettes sans s'enfoncer plus loin que la cheville.
Le village aussi se réveille, les bateaux retrouvent leur place au port,
les
filets sont chargés, la pêche au saumon ouvre le 15 mai. Il y a de plus en
plus de nouvelles "têtes". Ce sont les personnes qui viennent travailler
(dans les conserveries ou comme équipages sur les bateaux de pêche) pour
la saison et repartiront l'automne venu. Tout ce petit monde est arrivé
par le ferry avec leurs voitures et maintenant le parking est complet.
Toute cette agitation nous touche aussi, et nous sommes impatients de
réarmer Patago. La grand voile et le foc sur enrouleur nécessitaient
quelques coutures que nous effectuons puis on installe les voiles à leur
place.


Nous accueillons Marc et Martine, venu en visite de France pour un mois.
Nous allons faire un grand tour dans la baie en leur compagnie, histoire
de revoir les endroits qui nous ont émerveillés l'été dernier et en
découvrir d'autres. Seulement, nous n'avons pas pensé qu'en mai, il y a
encore beaucoup de neige sur les berges, et nous ne pourrons que rarement
débarquer. Les paysages restent tout de même grandioses, et nous profitons
d'une météo très clémente. On prendra même des coups de soleil. Si !
Après avoir revu les glaciers nous revenons sur Cordova et profitons des
sentiers environnants, et de l'ambiance trépidante du port. Les pêcheurs
nous font découvrir le King Salmon (le frais !), le "Red" Salmon, la morue
noire et la Lingcod. Les filets, le soir, envahissent le ponton et
sont réparés immédiatement après avoir débarqué le poisson.

Avant de quitter Cordova, Chiclette
prend un dernier bain. |