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Le 07 juin, nous quittons
le port de Keehi à Honolulu par 21°Nord. A 14 heures, il fait 31,5°C dans
le bateau.
Nous avons envoyé la grand
voile et le génois léger. En prévision de coup de vent possible plus au
nord, nous avons échangé notre foc de route habituellement monté sur
l'enrouleur pour une voile plus petite. Pour les vents légers, nous
installons sur l'étai largable le génois léger. On contourne l'île de Oahu
par l'ouest. Arrivés à la pointe Barbers, le vent tombe complètement. Nous
nous dégageons de la pointe au moteur et on remonte le long de la côte ouest . Les prévisions météo ont annoncé des vents très légers pour toute
la zone. Aussi, on s'attend à utiliser pas mal le moteur, le temps de bien
se dégager des îles.
Pendant deux jours, nous
manoeuvrons les voiles dans les grains. Quelques f ois,
le vent léger nous permet de hisser le génois léger avec la grand voile
entière et d'autres fois, nous prenons un à deux ris dans la grand voile
et affalons le génois pour dérouler le foc. La direction générale du vent
Est Nord-est nous laisse prendre une route directe et notre allure est :
bon plein/petit largue. Lorsque le vent tombe tout à fait, nous
mettons le moteur.
Ce sera seulement le 10
juin que nous retrouverons les alizés réguliers de Est Nord-est de
15 à 20 noeuds, à la hauteur des 25° Nord. Le ciel perturbé laisse la place
à une grande étendue de ciel bleu avec quelques petits cumulus sans
grains. Notre vitesse moyenne est de 7 noeuds. Comme le vent est régulier,
nous pouvons brancher notre régulateur d'allure qui a le gros avantage de
ne pas consommer d'électricité puisqu'il ne comporte que des pièces
mécaniques.
La température va diminuer
progressivement et à14 heures, le 14 juin nous n'avons que 26°C à
l'extérieur. Nous prenons encore nos douches à l'extérieur !
La mer et le vent resteront
réguliers pendant plusieurs jours. Peu de cargos croisent notre route,
souvent d'est en ouest. La veille reste primordiale de nuit comme de jour.
Jean-François pensait avoir réparé l'éolienne à Oahu, elle s'est avérée
encore en panne dés notre sortie du port de Keehi. Puis à mi-parcours, le
groupe électrogène donne des signes de faiblesse en faisant retentir son
alarme de température d'eau ! L'eau de refroidissement sort pourtant
normalement par l'échappement du groupe. Jean-François "plonge" dans le
moteur et découvre une panne très vicieuse : bien que l'eau sorte par le
pot d'échappement à l'extérieur, elle ne passe pas par la sonde de
température... donc l'eau de mer ne la refroidit pas : donc elle sonne !
Pour découvrir cela, il a déculassé le moteur. Le groupe se retrouve en
pièces détachées dans un seau !!! Nous aurons donc quelques soucis pour
gérer l'énergie à bord. Plus d'éolienne, plus de groupe électrogène, et les
panneaux solaires manquent furieusement de soleil dans la brume. Nous
utiliserons donc régulièrement le moteur principal du bateau pour
recharger les batteries, ce qui n'est pas l'idéal.
Le 16 juin sera notre premier jour de navigation dans une brume épaisse.
On ne voit pas à 200 m ! Pour moi, c'est la première fois que je navigue
dans ces conditions de brume en pleine mer. Nous avions rencontré des
bancs de brume en longeant la côte du Maine en 1992 (Est des USA) mais
nous étions tout prés de la côte et au moteur car il n'y avait pas de
vent. Cette fois-ci, le vent est constant à 20 noeuds, nous avançons à 6/7
noeuds dans un mur de brume.
Aucun
moyen de voir les cargos à l'oeil nu, je trouve
cela
angoissant. Mais heureusement la technique vient au secours de notre
déficience visuelle, et nous allumons le radar ! Il y a une touche magique
qui s'appelle "l'homme de veille". Nous laissons le radar en position
stand by et toutes les 10 min. le radar se "réveille" automatiquement et
fait un tour d'horizon : il nous prévient par une sonnerie s'il y a le
moindre écho sur son écran. Génial et tellement rassurant.
Nous
"verrons" ainsi 4 cargos qui passeront à 2 miles de nous. De temps en
temps, nous aurons des trouées dans la brume, et nous
apercevrons le ciel bleu d'azur qu'il y a juste au-dessus du bouchon de
brume avant de replonger dedans.
De temps à autre, la visibilité s'élargit et nous effectuons une veille
visuelle soit en passant la tête dehors, soit par les hublots du bateau (je
préfère dehors !
Jean-François
préfère par les hublots) La chatte quant à elle, préfère se rouler
en boule bien serrée et attaquer une sieste dont elle a le secret. La
température diminue : nous en sommes à 14°C extérieur toujours à 14h. Le
panneau de la descente est depuis longtemps maintenu fermé, pour isoler
l'intérieur du froid et de l'humidité apportée par la brume. Tous les
soirs je prépare une soupe pour nous réchauffer l'intérieur du corps.
A
chaque fois, nous pensons au premier achat à faire en arrivant : un
chauffage ! Lors des manoeuvres sur le pont, il arrive que nous soyons
mouillés par la pluie ou une vague. Nous avons installé un "séchoir" à l'intérieur
pour accrocher nos vêtements... Ce n'est pas très élégant mais c'est
efficace.
Avec notre avance vers le nord, la durée de jour augmente, et le soleil
se couche de plus en plus tard, de même qu'il se lève plus tôt le matin.
Ainsi à Hawaii, le soleil se levait vers les 7h et se couchait aux environ
de 18h30. Le 17 juin, nous sommes par 40°N, le soleil se lève vers 4h30 et
se couche vers 21h30. Et plus nous montons, plus le jour est long. C'est
très appréciable pour les quarts de veille.
Nous sommes par
46°30N le 21 juin,
toujours
dans la brume, le baromètre dégringole régulièrement. Il passe de 1030 hPa
à 1017 hPa le 22, puis 1003 le 23 juin. Nous savons en consultant les
cartes météo qu'une tempête se trouve devant nous (vers les 55°N) La
vitesse
de
son déplacement vers le Nord-Est doit la faire passer devant mais elle a
ralenti et nous la rattrapons... Ce 21 juin, en fin de journée, le vent
vire du ENE à l'Est, puis au Sud le 22 au matin. On se prépare à recevoir
de forts vents en réduisant les voiles et en rangeant l'intérieur du
bateau. A la fin de la journée, le vent de SSW est monté à 35 noeuds et
grimpe toujours. La mer est forte, les vagues de 2 à 3m viennent de
l'arrière.
La nuit venant, nous mettons le pilote électrique après avoir barré une
partie de l'après-midi. Le 23 juin, le vent atteint 35 à 40 noeuds. Les
vagues sont plus fortes : 4 à 5 m en déferlant à leur crête. Nous avons la
grand voile à 2 ris et le foc roulé à la moitié.
Dans
la matinée, le baromètre continue de descendre. On affale complètement la
grand voile (nous n'avions pas installé la troisième bosse de ris...) et
on poursuit notre route sous moitié de foc seulement. Nous allons à la
vitesse de 8 à 10 noeuds avec un vent de SSW. La température a chuté à 8,4°C à
l'extérieur. Le vent montera encore d'un cran dans la journée et soufflera
jusqu'à 50 noeuds, la mer se gonflera encore un peu et nous avons de
grosses vagues déferlantes de 5 à 6 m assez espacées qui viennent sur
notre arrière. Nous croisons la route d'un cargo bien visible avec sa
coque rouge malgré la brume. Il est bout à la lame et la mer recouvre son
pont jusqu'à moitié quand les vagues éclatent à son étrave. La mer a une
couleur verdâtre et le ciel est gris, la brume encore très présente
recouvre le tout.
A partir du 24 juin, le
vent diminue de force, le baromètre et la mer mettront plus de temps l'un
à remonter et l'autre à se calmer. La température reste dans les 8°C à
l'extérieur. Nous n'aurons jamais moins de 11°C à l'intérieur même pendant
la nuit.

Cette tempête nous a
propulsé très rapidement vers notre destination. Et le 26 juin vers 8h00,
je vois la côte de l'Alaska. C'est l'île Ugak.... Quel bonheur !
Nous longeons l'île de
Kodiak avec un temps brumeux, poussé par une petite brise. Petite
heureusement , car les tubes de l'enrouleur se sont déboîtés... Nous avons
donc enroulé le foc et envoyé le génois léger. De nombreux oiseaux
tournent autour du bateau. Je reconnais le macareux avec son vol
particulier qui ressemble à celui du perroquet (très rapide et saccadé )
ses pattes et son bec sont orange vif. Je verrai aussi de gros oiseaux
comme des goélands mais avec un corps plus rond et trapu et un bec plus
crochu. J'ai vu des cormorans. Et il y a un autre oiseau qui manifestement
passe sa vie plus dans l'eau que dans l'air. Au loin je verrai le souffle
de plusieurs baleines et un immense éclaboussement d'eau. L'une d'elle a
sauté.
Quand Jean-François se
lèvera, nous aurons la chance de voir près du bateau, une baleine qui
plongera en faisant sortir sa queue d'une façon très majestueuse. Pas eu
le temps de sauter sur l'appareil photo.
La côte très déchiquetée laisse prévoir de
magnifiques mouillages.
Nous
apercevons en arrivant près de la ville de Kodiak, les sommets des montagnes encore
enneigés. Nous avons une frayeur en arrivant dans le chenal d'accès de
Kodiak. Le moteur principal se met à fumer et il n'y a plus d'eau qui sort
de l'échappement. Décidément !!!
En fait, on
s'aperçoit qu'une énorme branche de kelp (algue d'ici qui peut faire dix
mètres de long) s'est coincée devant la quille et de temps en temps
les larges feuilles viennent obstruer l'arrivée d'eau de refroidissement.
Bon, marche arrière pour décoincer cette longue branche et on reprend la
route avec le coeur encore battant fort . Après 19
jours de mer, nous serons accueillis par les employés du port de St Paul
qui nous attribuent une place au milieu des bateaux de pêche.
Le bateau est amarré, le moteur est coupé, nous
admirons notre nouvel environnement avec beaucoup d'émotion.

Un an après notre départ, avec au
total 125 jours de navigation depuis Bénodet, Finistère nous arrivons enfin au point
de chute de ce voyage : l'Alaska. Patago et son équipage sont arrivés à
Kodiak. Nous allons rester dans les environs cet été puis cet hiver nous
irons dans la Baie de Prince William Sound. Déjà, le coin nous plait beaucoup et les
habitants ont l'air très accueillants.
A suivre... |