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Le 10 novembre, nous
quittons San Diego, prévoyant une traversée sans escale vers Panama. Nos
amis des bateaux Kristiina et Miss Sophie vont visiter le Mexique. Nous
restons en contact par email.
La traversée de San Diego vers Panama nous fait
longer la côte mexicaine sur toute sa longueur. On préfère rester à
environ 200 miles au large afin de bénéficier de vents plus réguliers. Mais,
nous n'avons pas beaucoup de chance, et nous avons de grandes journées de
calme. Sur les cartes météo, que ce soit près ou loin des côtes, c'est 5 à
10 noeuds de vent portant. Pour la même zone, 15 jours après notre départ,
les vents passeront entre 15 et 25 noeuds.... Le courant reste portant jusqu'à
la pointe de la Basse Californie. Ensuite il passe contraire. Les eaux se
réchauffent de jour en jour ainsi que la température de l'air, nous aurons
jusqu'à 40°C dans le bateau... Cela nous change des -20°C de Cordova
l'hiver dernier. La chatte ne sait plus où se mettre, elle qui avait
préparé une fourrure épaisse en prévision de l'hiver... Les eaux sont très
poissonneuses et nous pêchons régulièrement. Marlin, thons albacore et
mahi-mahi se prennent à l'hameçon. Nous avions préparé nos lignes avec
Hannu, en espérant bien qu'elles seraient efficaces. Elles ne nous ont pas
déçu. Les bocaux de conserve se remplissent.
Nous sommes régulièrement visités par les oiseaux, venant se reposer un
moment sur le pont. Mouettes et fous se relaient pour nous tenir
compagnie. On voit même arriver de tout petits moineaux, qui
choisissent les écoutes du foc continuellement en mouvement pour se
poser !
Tout doucement on se rapproche de notre but, en passant au large
des côtes du Guatemala, Salvador, Nicaragua et Costa Rica. Le peu de vent
qui souffle vient du NE, on est au prés. On arrive dans la zone
intertropicale de convergence, autrement dit calmes et orages. On trouve
que le bateau est quand même lent, même avec le peu de vent, et tentons un
virement de bord. Quelle ne fut pas notre surprise de voir un énorme
cordage flotter le long du bordé. On en tire un bout à bord, et c'est plus
de trente mètres qui viennent s'entasser sur le pont. Il était pris devant
la quille, nous n'avons senti aucun choc, seulement un
ralentissement du bateau. Dans l'eau depuis un moment, il était recouvert
d'anatifes, et des petits crabes et minuscules poissons vivaient à l'abri
de ses torons. Patago se sent mieux et reprend une vitesse plus adéquate à
la force du vent. On s'aperçoit cependant que le courant est bien
contraire et plutôt fort. La grand-voile déjà ancienne rend ses coutures,
et se déchire sur une grande longueur. Nous l'affalons et hissons à la
place la petite grand-voile achetée à Seattle. Elle est beaucoup trop
petite pour le bateau mais pour la traversée Panama Saint Martin, elle
sera parfaite.
Avec des vents contraires en arrivant dans le Golfe de Panama, on tire des
bords vers les Perlas. Nous pêchons encore des mahi-mahi. L'endroit est
très poissonneux. Arrivée à la tombée de la nuit à Panama City, on mouille un peu à
l'extérieur d'une petite baie côté sud de la longue jetée reliant l'île
Naos à la côte. Bien heureux d'être arrivés après 33 jours de navigation
avec des conditions météo vraiment très calmes dans l'ensemble. Notre réserve
de gas-oil fut bien entamée et il nous en restait 60 litres à Panama.
Nous nous attaquons aussitôt aux démarches administratives, ne serait-ce
que pour faire notre entrée au Panama. Toujours aussi compliquées ces
formalités, les différents bureaux sont très éloignés les uns des
autres... Demande de visa,
puis immigration, puis inspection de la marine marchande et de la
capitainerie. Et enfin on peut faire nos démarches pour le passage du
canal. Patago est déjà enregistré car c'est son deuxième passage. Il n'y a
pas de mesure à effectuer seulement un contrôle. Les tarifs n'ont pas
bougé, pour les unités de plus de 50 pieds, c'est 850$US en ajoutant
850$US pour la caution qui nous sera rendue dans quelques mois. La recherche des équipiers et des cordages indispensables est
simplifiée car un couple de français nous proposent et leurs bras et leurs
bouts. Nous n'aurons qu'un seul panaméen à embaucher.

Le rendez-vous est pris et le 20 décembre à 3h30 du matin, on embarque
tout le monde. Le pilote n'arrivera qu'à 7h... Annick et Guy ont passé le
canal dans le sens Colon Panama de nuit sous une pluie battante, sont
ravis de refaire la route de jour sous un beau soleil. Notre équipier
panaméen connaît son travail. Tous seront d'une aide précieuse et
efficace. Les premières écluses sont franchies à couple d'un remorqueur.
Manœuvre très simple, car c'est le remorqueur côté mur qui reprend ses
cordages à la montée à l'aide de treuils électriques. On se contente de
suivre. La traversée du lac nous donne le temps de nous restaurer. A 7,5
noeuds, Patago nous mène jusqu'aux écluses de Gatún. Pour la descente,
nous nous amarrons le long du mur. Le vent nous éloigne du mur, et nous
équipiers repoussent avec les rames tandis que deux autres larguent
doucement les amarres. Enfin, à 16h00, la dernière porte s'ouvre sur la mer des
Caraïbes. Nous voici de retour.
Quelques jours suffisent à terminer l'approvisionnement dans la ville de
Colon, toujours aussi sale et dangereuse. Le 23 décembre, nous hissons les
voiles et entreprenons la traversée Panama Saint Martin, tout en sachant
que nous n'allons pas nous amuser. Au passage des jetées de Colon, nous
sommes au prés serré, déjà et le resterons pendant 16 jours.... Profitant
d'un contre-courant qui longe la côte du Panama vers l'est, on
pique vers Carthagène sur un bord. Le vent est Nord-est, 20 noeuds. Le
bateau passe bien malgré la mer qui se forme et que nous prenons presque en pleine
face. On vire de bord à 30 miles de Carthagène et pointons l'étrave vers
le nord, le vent ayant tourné légèrement à l'est. Quelques virements de bord et 6 jours plus tard, nous atteignons Winward Passage, couloir étroit entre Cuba et Haïti. Au passage de la
Pointe Beata sur la côte sud de Haiti, les alizés ENE se renforcent jusqu'à 40 noeuds, nous sommes obligés de faire route vers le
sud-est pendant deux jours. On se retrouve au milieu de la mer de
Caraïbes, et enfin le vent se calme et passe à 25 noeuds à l'est. Ce qui
nous permet de reprendre notre route vers Porto Rico. En longeant la côte
sud de Porto Rico, nous décidons de nous arrêter à Ponce. 14 jours de prés
serré dans des conditions de vents 20 à 40 noeuds, d'E à NE, la mer de 2 m
à 4 m et le courant contraire bien évidemment jusqu'à 1,5 nds. Nous avions
besoin d'une pause, nous et le bateau.
Notre séjour à Ponce est bref et surtout consacré à faire des nuits
complètes bien reposantes et des journées à s'occuper du bateau. Trois jours plus tard, on profite
une amélioration dans la météo pour reprendre le cap vers Saint Martin.
Vents de 15 à 25 noeuds avec grains accompagnés de rafales à 30 noeuds, et
toujours du NE.... On tire un long bord dans le sud de Sainte Croix avant
de remonter vers Saint Martin. Deux jours après, nous mouillons l'ancre
dans la baie de Marigot. On ne souhaite à personne de faire cette
traversée depuis Panama à cette période de l'année...
Bien heureux de se poser pour quelques mois ici, avant de repartir fin
avril pour les Açores. Nous retrouvons nos amis deux ans après notre
dernier passage avec Patago.
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